Un ciel gris ce jour-là
donnait à Paris une tonalité mélancolique, qui m’incitait à une
bienfaisante paresse. Mon plan dominical « visite d’un musée » prenait
un peu des allures de pensum pour cancre somnolent. Et bien oui, je le
confesse, il y a des jours, comme celui-ci, où l’attrait de la
nouveauté, le besoin de réveiller des neurones culturellement devenus
apathiques dans la routine du quotidien, cède le pas à une sournoise et
culpabilisante aboulie.
J’avais entendu parler d’un charmant Musée du Vin à Passy et
décidai sur le champ de mêler l’utile à l’agréable, de plonger dans l’Histoire
et d’acquérir ces quelques rudiments d’œnologie dont soudain la
nécessité se faisait sentir (et faute hélas ! de pouvoir prospecter les
mythiques vignobles de Bourgogne ou du Bordelais et autres régions de
charme et de délices).
« Le vin est de l’eau emplie de soleil » affirme Galilée (le cher homme
et ô combien sensé !). Prétexte suffisant pour s’initier à la
mystérieuse genèse de ce que Pasteur plus tard définit comme « le
breuvage le plus sain et le plus hygiénique qui soit », ce qui est
nettement moins poétique mais constitue un incontestable alibi pour qui
se définirait comme un épicurien frénétique.
Sans doute ne suis-je pas dotée d’un sens aigu de l’orientation mais,
même avec un plan, j’ai dû tourner dans un labyrinthe de rues avant de
me retrouver en bas d’un escalier plutôt raide, rue des Eaux - ainsi
vraisemblablement nommée à cause de sources découvertes dès le milieu du
17ème siècle et dont les vertus curatives connurent un franc succès
jusqu’en 1925 auprès de la haute bourgeoisie, des écrivains et des
artistes. L’entrée du musée proprement dite ne m’a pas paru évidente et
il serait bien qu’elle soit mieux signalée. Pour le reste, il n’est qu’à
suivre le petit guide que l’on vous remet (avec le sourire) à l’entrée.
A l’époque où Passy n’était encore qu’un paisible village dominé par la
flèche de l'Abbaye de Saint-Martin des Champs, les Frères Minimes qui
avaient su mettre en valeur le vaste domaine dont ils avaient acquis la
propriété, produisaient eux-mêmes un vin dont ils faisaient cadeau à
l’évêché de Paris. A cette époque la charge ecclésiale procurait des
avantages en nature non négligeables ! Heureux alors, les prélats au
sommet de la hiérarchie. Ils n’avaient d’autre souci que de dilapider
les dons de la généreuse Nature qu’ils n’avaient même pas eu la peine de
récolter ni de transformer, laissant ce soin aux humbles des confréries
dont ils étaient les exigeants pasteurs.
En parcourant les galeries creusées dans les carrières de calcaire qui
caractérisent le sous-sol de la capitale, vous aurez l’impression de
remonter le cours du temps. Néophytes ou amateurs passionnés, vous allez
pouvoir décliner le travail précis et tout en finesse du vigneron, à
travers une très belle succession de tableaux et de vitrines dans
lesquelles est exposé tout un pittoresque patrimoine : plantoirs
d’aisselle, pinces à greffer, étains divers, pichets, paniers verseurs,
tire-bouchons, goûte-vin ou pipettes, pipettes à ouiller, calices de
voyage, burettes, ….. On ne sait plus où donner du regard et les
collectionneurs ne manqueront pas de soupirer devant tel ou tel alambic
ou siphon qu’ils ne manqueraient pas de déposer avec une ferveur quasi
religieuse dans un de leurs présentoirs, si l’occasion leur en était
offerte.
Saluez d’un geste amical Monsieur de Balzac – l’ermite de Passy - qui
demeurait rue Raynouard dans une maison à deux issues, fuyant ses
créanciers par un escalier dérobé. Souriez en lisant cet hommage des
frondeurs de la Commune, jeté comme un défi souverain : « La preuve que
les canons ne nous font pas peur, c’est que nous les avalons. A votre
santé bourgeois ! »
Egrappage, brûlage, éraflage, foulage, pressurage, fermentation
alcoolique et macération, écoulage , transvasage et soutirage, la
vinification n’aura plus de secrets pour vous.
Avant de partir, il vous sera proposé une dégustation gratuite. De quoi
vous remettre en mémoire ces savoureuses réflexions que je ne résiste
pas au plaisir de vous confier, certaine que vous en goûterez l’esprit :
« Si le vin disparaissait de la production humaine, il se ferait dans la
santé et dans l'intelligence un vide, une absence plus affreuse que tous
les excès dont on le rend coupable » (Charles Baudelaire)
Martin Luther affirmait : « Qui n'aime point le vin, les femmes ni le
chant restera sot toute sa vie ». Qui l’aurait cru, venant de cet
austère réformateur ?
Pierre Doris, chansonnier au Théâtre des Deux Anes (ou des Trois
Baudets), ose cette image si drolatique : « Un de mes frères était si
maigre que lorsqu'il avait bu un verre de vin rouge, on le prenait pour
un thermomètre »
Sachez enfin que le Musée du Vin propose des cours intitulés : «
Connaître le vin » (Réservation obligatoire )
Tel : 01.45.25.70.89 ou 06.12.93.94.04
Email : mlc@museeduvinparis.com
Les cours comprennent une partie théorique et une partie pratique
dégustation (5 vins minimum).
Il y a également un restaurant qui vaut peut-être la peine d’être
tenté….
Arlette Buisson
Adresse
Musée du Vin Rue des Eaux / 5
Square C. Dickens
75016 Paris
Tél :
33 (0)1
45 25 63 26
Fax :
33 (0)1
40 50 91 22
E-Mail
:
info@museeduvinparis.com
Tarifs Individuels
du Musée du Vin
Adultes : 8,90€
Seniors : 7,50€
Etudiants : 7,00€
Enfants : Gratuit jusqu'à 14 ans
Tarifs Groupes (à
partir de 15 personnes)
Adultes : 7,50€
Seniors : 7,00€
Etudiants : 7,00€
Les tarifs comprennent la visite libre du Musée et la dégustation d'un
verre de vin
Ouverture du Musée
du Vin :
Le Musée du Vin est ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h.