Louis Pasteur
 

Institut Louis Pasteur Paris

15 ème arrondissement de Paris - Rue du Docteur Roux

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Institut Louis Pasteur à Paris

 

► Notre avis sur la visite de l'Institut Pasteur ...
 

Cher Monsieur Pasteur,

Quand l’école primaire de mon quartier ouvrait ses portes à la rentrée, après la longue et délicieuse période de vacances estivales, je n’éprouvais aucune tristesse. Bien au contraire. La seule idée de retrouver mes camarades et nos jeux pleins de rires teintait de rose un avenir que nos parents (qui ne plaisantaient pas) voulaient studieux. Enfin et surtout j’allais pouvoir, en franchissant un degré supérieur, élargir l’horizon de mes connaissances. Dans un silence respectueux (j’ai oublié de vous dire que cela se passait au siècle dernier !) notre merveilleuse institutrice nous distribuait les livres qui allaient être nos compagnons pendant près d’une année. Je n’ai pas oublié leur odeur d’encre encore fraîche, ni surtout les gravures que je découvrais au fil des pages et qui allaient nourrir abondamment mes rêves.

Le livre d’histoire avait ma préférence. J’y puisais mille et une raison de laisser vagabonder mon imagination au fil du temps, sans la moindre retenue. C’est là que je vous ai rencontré pour la première fois. Je ne vous ai pas remarqué tout de suite, je vous l’avoue, car au bas de la page qui vous était consacrée, l’image d’un petit garçon sauvagement attaqué par un chien furieux, dégoulinant de bave écumante, m’a longtemps coupé la respiration. Cela se passait en Alsace, en 1885. Le petit garçon s’appelait Joseph Meister. Il encourait une mort certaine, précédée d’atroces convulsions, de douleurs cruellement paroxystiques (tellement injustes n’est-ce pas ?) : j’en avais la gorge nouée. C’est alors qu’en levant les yeux de quelques lignes, je vous ai  aperçu. Sur le portrait que Léon Bonnat a fait de vous et que vous affectionniez au point d’en commander un second original pour vous-même (le premier doit figurer au Musée du Louvre, si je ne m’abuse), vous avez plutôt belle prestance. Votre bras gauche repose sur un volume d’impressionnante épaisseur, et vous tenez un feuillet entre vos doigts (y figurent vraisemblablement les conclusions d’une récente expérience). Votre main droite soumet à une minutieuse observation un flacon au fond duquel blanchissent ce qui semble être des cristaux. Votre barbe bien taillée, vos cheveux soigneusement ordonnés sur un front haut (classiquement attribué aux intellectuels), votre air pensif, voilà qui m’impressionnait au plus haut point. L’institutrice nous ayant appris que vous aviez sauvé le petit Joseph d’une fin abominable grâce à un vaccin que vous aviez mis au point et dont vous avez la même année renouvelé avec succès l’expérience sur Jean-Baptiste Jupille, alors âgé de neuf ans, il n’en fallait pas davantage pour que je fasse (en mon for intérieur) le serment solennel d’aller vous exprimer tôt ou tard la reconnaissance de la Nation dont je m’instituais d’autorité le fougueux porte-parole.

Quelques dizaines d’années plus tard (permettez-moi de n’en pas préciser le nombre, par une pure coquetterie féminine qui ne vous échappera pas), me voici à la porte de la belle demeure bourgeoise où vous avez passé les sept dernières années de votre vie (1889-1895, si je compte bien). Je suis intimidée car je me suis en quelque sorte invitée, sans vous en avoir prévenu. Que voulez-vous, ce sont les moeurs de notre époque, si peu encline à respecter les bons usages !!!! Comme vous avez depuis longtemps rejoint vos amis scientifiques (et même vos détracteurs avec qui vous avez depuis fait la paix) dans on ne sait quelle sphère céleste, c’est un adorable petit bout de femme, prénommée Chantal, qui nous a fait (à moi et à quelques autres) l’honneur des lieux. Visiblement émue à la seule évocation de vos heurs et malheurs (vous avez perdu trois filles, vous avez eu un accident cardio-vasculaire qui vous a privé du plein usage de votre bras gauche, vous avez dû affronter la grogne et les critiques parfois virulentes de certains contempteurs,….), Chantal trace votre portrait à jolis traits ténus. Le modeste fils de tanneur que vous êtes l’attendrit. Elle a le plus grand respect pour votre épouse Marie Laurent, dont vous avez eu cinq enfants et qui a si bien su vous soutenir dans l’épreuve. On vous dit de caractère difficile mais cette appréciation perd toute autorité, lorsqu’on vous entend dire « Quand j'approche d'un enfant, il m'inspire deux sentiments, celui de la tendresse pour le présent, celui du respect pour ce qu'il peut être un jour ». Si tous les guides de nos musées avaient la même passion que Chantal pour leurs modèles, l’Histoire revêtirait de bien belles couleurs.

On étouffe un peu entre les sombres tentures des murs des couloirs et des chambres, dont le décor a été pieusement reconstitué par votre petit-fils. C’était, il est vrai, le style bourgeois de l’époque. Un peu trop austère peut-être ? S’il vous arrive, comme je le crois, de revenir hanter vos murs, vous ne devez pas vous y sentir étranger. Meubles, bibelots, chaque objet est bien à sa place et doit vous rappeler un épisode marquant de votre vie. Nous avons pu constater la belle facture de vos pastels portraiturant famille et amis. Personnellement, j’ignorais tout de votre artistique prédisposition. Dans une pièce de l’appartement, on a rassemblé les alambics, éprouvettes, étuves et autres instruments utilisés pour vos travaux. Le champ de vos expériences apparaît démesuré. J’avoue cependant être moins sensible à vos découvertes sur la polarisation de la lumière, les microbes et les maladies, la fermentation de la bière (buveurs de France et de Navarre, levez vos verres à la gloire de notre savant !) ou le choléra des poules, qu’à la vaccination antirabique à propos de laquelle ironisent certaines mauvaises langues, vous en déniant la paternité. Quant à la théorie de la génération spontanée que vous avez toujours contestée, permettez-moi de vous dire qu’elle a peut-être du vrai si l’on considère la folle rapidité avec laquelle se reproduisent polémistes, fauteurs de trouble, boutefeux en tous genres de notre planète si mise à mal par les temps qui courent.

La France vous souhaitait au Panthéon, mais votre famille a bien eu raison de demander au gouvernement de vous inhumer dans une crypte au sous-sol de votre maison. Très paisible et inattendue dernière demeure, aux murs ornés de chatoyantes mosaïques, qui perpétue l’évocation de toute une vie de recherches, plutôt que d’y mettre un point final. Votre épouse dévouée jusque dans l’au-delà vous y rejoindra plus tard.

Nous vous devons beaucoup, cher Monsieur Pasteur. Tout simplement et très respectueusement, merci.

Arlette Buisson

 

► Sites à voir sur l'Institut Pasteur...  

http://www-ulp.u-strasbg.fr
http://www.pasteur.fr
http://www.infoscience.fr/histoire/portrait/pasteur.html
http://www.villa-louis-pasteur.org



 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 


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