Une visite au cimetière du Père
Lachaise avec Bertrand Beyern
Les âmes bougonnes estiment qu’il faut avoir l’esprit torturé ou une
nature particulièrement perverse pour « visiter » un cimetière. Si l’on
doit suivre leur tragique rigueur, qui n’a nul motif à venir déposer
rituellement une fois l’an son lot de chrysanthèmes ou de pourpres
pensées sur la stèle d’un proche (parti dans ce que l’on nomme par
neutre commodité « l’au-delà »), n’a rien à faire dans le dédale de ses
allées, troublant ainsi d’odieuse manière le repos des chers disparus de
ses pas sonores et de ses commentaires, plus ou moins appropriés.
Il
a donc fallu à Bertrand Beyern beaucoup de tact, d’intelligence et
d’esprit, pour choisir ce dernier refuge de nos fragiles existences
comme thème de ce qu’il appelle des « safaris nécropolitains ».
Conférencier hors pair, souvent (et piètrement) imité par des
médiocres compères, mais jamais égalé (pour reprendre sans gloire un
slogan publicitaire connu !), il peut - à juste titre - se prévaloir
des commentaires élogieux d’une presse dite « honorable ».
S’il s’est trouvé sous les
feux de la rampe télévisuelle (« On a tout essayé » avec Laurent Ruquier et « Vie privée, Vie publique » avec Mireille Dumas), il
n’en tire aucune vanité, ce qui est la marque indéniable du vrai talent.
Les thèmes de ses conférences sont régulièrement publiés dans l’Officiel
des Spectacles et si, de passage à Paris, entre deux rendez-vous
d’affaires ou deux vaines mondanités il ne vous reste qu’une
demi-journée à consacrer à la culture, ne manquez sous aucun prétexte
une balade en sa talentueuse compagnie…..
Nous avons adoré (le mot n’est pas trop fort) la visite sur le thème de
« L’humour noir au Père-Lachaise » : un parcours tellement intelligent
et sublimissime de drôlerie que vous n’en ressortirez pas indemne !!!
Bertrand Beyern joue avec les mots comme un jongleur-poète sans jamais
sombrer dans la facilité béate et vulgaire, déploie une éblouissante
virtuosité dans l’enchaînement des anecdotes et si certaines se réfèrent
à d’illustres inconnus c’est que leur évanescent passage sur notre bonne
vieille terre a marqué leurs contemporains du sceau de leur
extravagance. De la première à la dernière seconde de ce safari, pour
peu que vos neurones ne vous lâchent pas (ils sont en effet soumis à un
délicieux travail d’attention !), les rires se succèdent sans complexe,
dans un joyeux tintinnabulement, sans que personne puisse trouver à y
redire. Grincheux s’abstenir.